Jugé en comparution immédiate au Tribunal de Dijon, l’auteur avait coupé la langue de «Domino» avec un couteau, avant de le laisser se vider de son sang. Après le jugement, il est immédiatement retourné en détention.

La terrible scène jouée dans un appartement, le 9 novembre dernier. Stéphane (*), 34 ans est le seul dans l’appartement de Sophie(*), sa compagne depuis quelques semaines. Sophie est hospitalisée depuis quelques jours, afin de soigner ses problèmes avec l’alcool. Un huis clos au climat anxiogène laisse seul à seul Stéphane et Domino, un caniche croisé bichon au poil blanc, âgé d’à peine un an. Stéphane ne supporte plus les jappements incessants de Domino.
Le lendemain matin, il se présente, encore alcoolisé, au commissariat de Dijon. Avec un aveu terrible, il explique aux policiers que, la veille au soir, il a tranché la gorge du chien de sa compagne, que l’animal s’est totalement vidé de son sang avant de décéder et qu’il a déposé sa dépouille dans le local à poubelles de l’immeuble de Sophie, dans le quartier République.
Ce mercredi 13 décembre, jugé en comparution immédiate (il avait demandé un délai pour préparer sa défense, ndlr), Stéphane se présente dans le box. Il est incarcéré à Dijon depuis ses aveux. Silhouette fine qui rappelle le chanteur Renaud dans sa jeunesse, rasé de près, vêtu de noir, Stéphane est à l’aise à l’oral et c’est minutieusement qu’il présente sa version des faits, à la demande du Président, François Arnaud.

«Ce chien était devenu une obsession pour elle»

D’un ton calme, le jeune homme raconte, «la veille, j’avais appris par la curatrice de Sophie qu’elle avait l’intention de me quitter. En même temps, ce chien était devenu une obsession pour elle, le soir, elle me demandait comme c’était passé sa journée…» Ce chien, Stéphane ne le supporte plus. «Ce soir là, je l’avais enfermé dans la cuisine. Dans la soirée, j’ai senti une odeur de gaz. Je suis allé voir, le chien était en train de lécher la sauce sur les brûleurs et avait déclenché la gazière. J’ai pété les plombs. J’ai mis un coup de poing au chien pour le faire arrêter d’aboyer. Puis, j’ai passé le couteau dans sa bouche. Il saignait beaucoup. Je suis revenu 35 minutes après. je l’ai étranglé car il agonisait».
Le Président Arnaud lui demande de préciser, «le chien était attaché à un radiateur ? Vous nous dites aujourd’hui que vous l’avez étranglé ?».
«Il était déjà attaché. J’arrivais pas à le laisser comme ça alors j’ai soulevé l’écharpe. Il est mort quelques secondes après», explique Stéphane, d’une voix mécanique mais posée.
«Pourquoi ce chien était devenu une obsession ?».
«Quand vous rentrez le soir, que votre compagne ne parle que du chien, que le voisin du bas, qui travaille de nuit, se plaint que le chien fait pipi et caca partout, qu’elle s’inquiète de savoir si il a encore mangé des vêtements. Ce chien était aussi obsédé par la nourriture. Je ne sais pas pourquoi, je le ne l’ai connu que deux mois. Je le faisais courir, il se calmait. Moi, je suis arrivé chez elle dans ces circonstances, je ne sais pas pourquoi cet engagement avec ce chien, de la part de Sophie».

Prison, foyer pour SDF et alcool

La rencontre entre Stéphane et Sophie remonte à septembre. Lui est domicilié au foyer Sadi-Carnot, après avoir purgé une peine de prison. Elle est seule. Le couple se met en ménage chez Sophie en septembre. L’alcool, les médicaments et les disputes font partie du quotidien. Suite à une scène de ménage, une tentative de défenestration (niée par Sophie, ndlr), les sapeurs-pompiers arrivent dans l’appartement quelques jours avant le drame. Direction l’hôpital pour Sophie et ce terrible tête à tête entre Domino et Stéphane.
Sophie est invitée à raconter sa version. Petite, menue, les cheveux bruns et courts, le visage usé, elle s’exprime d’une toute petite voix timide. Elle confirme qu’elle avait l’intention de quitter Stéphane, persuadée qu’il la trompait. Elle avait ce chien depuis un an, «je voulais le conserver, je le sortais plusieurs fois par jour alors qu’en plus, je travaillais».

«Le procès de la lâcheté et de la cruauté»

C’était ensuite le tour des plaidoiries. D’abord l’avocate de Sophie, Me Dominique Fyot, qui évoque sa sensation de «froideur» à l’écoute du récit de Stéphane. Elle décrit «une personne sans affect, sans notion de l’autre, qui ne ressent rien, un homme cruel». Quant à sa cliente, elle voit en elle «une petite bonne femme excessivement gentille, faible, qui ramène chez elle un peu tout ce qui traîne» et plaide pour le «préjudice psychologique» vécu par sa cliente.
Place ensuite à la défense de Stéphane. Me Sophie Lorimier-Baudot, qui plaide elle aussi pour «une peine mixte adaptée».
Deux autres parties civiles sont présentes. Pour l’association Brigitte Bardot, Me Chloé Bonnat demande, «combien de Stéphane sont-ils jugés dans les tribunaux de France? «Les vrais débiles, ça existe mais malheureusement, ce n’est pas son cas, c’est ce qui est inquiétant», parlant d’une «cruauté construite, que rien n’arrête».
Pour l’association Les Amis de Lewis, autre association consacrée à la cause animale, Me Jean-Philippe Morel, «aujourd’hui, ce n’est pas le procès de l’éducation du chien mais de la lâcheté et de la cruauté.» Ce débat est hors-sujet et la solution a été radicalement trouvée par Stéphane. Le chien a agonisé pendant qu’il sirotait des bières dans la pièce à côté», plaide l’avocat du barreau de Dijon.

«Il n’a aucun regret et il manie bien le verbe»

Le procureur Jean-Luc Chemin marque sa sévérité et rappelle le sort de «ce chien sur lequel on appose une lame de couteau sous la gorge», «cet animal que l’on bat parce qu’il est sale, c’est la faute de sa propriétaire qu’il l’a mal éduqué, alors on pend le chien, et comme il geint et que cela risque de déranger le repos du voisin du dessous, alors on lui tranche la langue avant de revenir, 45 minutes après qu’il se soit vidé de son sang». Il décrit l’attitude de Stéphane dans son box, «il n’a aucun regret et il manie bien le verbe, on le voit, il n’est pas du tout embarrassé, ici». Il demande à la cour une «peine mixte, pas moins de 3 ans d’emprisonnement, dont 6 mois avec sursis, une obligation de soin et une interdiction de rentrer en contact avec Sophie, voire une interdiction de séjourner dans la commune des faits».
Avant de se retirer pour délibérer, la cour laisse Stéphane s’exprimer une dernière fois, «si je me suis rendu à la police, c’est que je ne voulais pas avoir ça sur la conscience. Je suis désolé pour Sophie si je lui ai fait du mal».
Ces mots n’ont pas ému le tribunal. Stéphane a été condamné pour l’ensemble des infractions à trois ans de prison dont un an avec sursis et mise à l épreuve pendant deux ans. Il est maintenu en détention pour deux ans ferme. Chacune des associations a 1000 euros de dommages et intérêts et frais de justice.

Article Paru dans infos-dijon.com, le mercredi 14 décembre 2016 par Bruno Lédion

(*) : Prénoms d’emprunt